Origine du Caméscope

Le caméscope est cette espèce vivace dans l’excellence, née des amours insolites d’une caméra en rupture de pellicule et d’un magnétoscope se confondant de langueur sous l’ombre bleutée des téléviseurs. Elle rêvait d’une vie sans complexes et lui d’aventures multiples. Leur première rencontre date de l’année 1980. Elle a pour cadre le Japon, et se fait chez Madame Sony Corporation. Ce prototype de deux kilos qui porte en lui bien des options d’aujourd’hui n’a pour suite tangible que les émois passagers de la presse spécialisée et une intéressante collection de moues dubitatives, voire inquiètes, de la concurrence.

1983: mort d’un cinéma

Caméra BetamovieTrop en avance pour un marché alors traumatisé par une crise économique et qui n’a plus les moyens financiers de se reconnaître dans le Super 8, ce cinéma magnétique devra attendre encore près de trois années avant de tenter une timide percée et ce, paradoxalement, avec un matériel aux caractéristiques en retrait. Il s’agit moins alors d’émouvoir le consommateur que de créer auprès d’un petit nombre ce climat propice à l’accoutumance. Le « Betamovie », toujours de Sony, vient d’arriver.

La même année, nous sommes en 1983, JVC, puis Hitachi, puis National et d’autres encore, se déclarent charmés par ce nouveau produit et s’empressent, qui de présenter, qui de commercialiser, de petites machines aux noms nouveaux, revendiquant un standard différent assorti d’indéniables avantages. Cette profusion de systèmes aura pour premières conséquences de désorienter l’amateur et de donner à quelques industriels des raisons suffisantes pour ne pas se lancer dans ce qu’ils considèrent alors comme une aventure, voire une mode d’une saison. Ils le regretteront et les traces de leur gros chagrin mouillé d’amertume font encore peine à voir.

Aujourd’hui, l’idée même de la place du caméscope au cœur de nos activités n’est plus à mettre en doute. Du … « caméscope » ? Si, en France, ce terme générique désignant toutes ces caméras magnétiques nous est devenu familier, c’est grâce à Thomson qui en déposa le nom, alors que, curieusement, il n’était que distributeur de produits portant sa marque mais fabriqués par JVC.

Pour les amateurs dé précision, il conviendra de noter que seul le terme de « caméscope » lui appartient, alors que celui d’une terminologie grammaticalement plus logique de « camescope » peut désigner n’importe quelle caméra enregistreuse. La subtilité est telle que même le Larousse fait la confusion.

Dans la plupart des autres pays de la planète, caméscope se prononce Camcorder.

Deux ennemis : pourvu que ça dure

En ce qui concerne les systèmes, tous différents, incompatibles et ennemis, pour des raisons de royalties, la situation s’est clarifiée et le conflit ouvert s’est lentement transformé en guerre de positions. Restent à ce jour deux grands inconciliables: le VHS-C, porté par les couleurs de JVC, et le 8 mm, cher à Sony. Ils cohabitent merveilleusement bien dans nos cœurs purs et il serait indécent de prétendre que celui-ci est nettement meilleur que son voisin. Au fil des saisons et en fonction des progrès de la technique, la nouvelle version de l’un fait parfois preuve d’une légère avance, que l’autre s’empresse d’à peu près compenser quelques mois plus tard. Au rythme de ce doux balancier, le consommateur voit grandir son bonheur, puisqu’à tous coups il est le bénéficiaire de cette sympathique surenchère.

A n’en pas douter, les progrès ne vont pas s’arrêter là et l’histoire presque neuve de l’image magnétique est porteuse d’une foule de rebondissements. Cela ne signifie pas pour autant que le matériel disponible à ce jour doive sombrer dans l’obsolescence d’ici quelque temps. La multiplication des caméscopes de par le monde est devenue telle et l’effet de parc si important, qu’il est désormais interdit aux constructeurs d’imaginer l’innovation sans penser à la compatibilité avec le matériel existant ou, pour le moins, à des passerelles technologiques permettant le transfert de l’information.

Le succès, ça s’explique

Si cette image magnétique, née dans l’esprit d’un technicien allemand dès la fin des années 40 et qui trouva sa première application spectaculaire dans les studios de Bing Crosby tout juste une décennie après, vient maintenant bouleverser jusqu’à nos habitudes les plus tenaces, si le camescope a complètement fait oublier le cinéma que l’on disait d’amateur et s’il se faufile de plus en plus souvent chez les professionnels de l’image-passion ou de l’image-reportage, c’est simplement parce qu’il correspond à notre époque. L’image qu’il nous propose est simple à contrôler, immédiate à regarder, et se voit à travers le plus gratifiant des écrans, celui de la télévision. Elle se transfère en un instant et se copie simplement. Techniquement simple à gérer, elle est de surcroît peu onéreuse.

En effet, au risque d’en surprendre certains, et plus particulièrement ceux qui pratiquaient le cinéma Super 8, l’enregistrement magnétique en forme de caméscope est aussi une source… d’économies ! Pour s’en convaincre, il suffit de savoir que le prix d’une heure d’images magnétiques enregistrées ne représente qu’à peine le cent-cinquantième du coût d’un film en Super 8 de durée identique. Et ce, sans même tenir compte du prix de l’équipement, des accessoires, ou même du projecteur, qui sont autrement plus dispendieux.

Pour bien des usages, il est également plausible de faire des comparaisons avec le monde de la photographie. En l’occurrence, les statistiques révèlent que nous regardons, en moyenne, une photo durant une dizaine de secondes. Une humble cassette de caméscope a donc pour équivalence 360 photos conventionnelles. Le prix de la pellicule, son développement et son éventuel tirage, font qu’ici encore le caméscope est une mémoire d’images à moindre coût.

S’il était nécessaire de se donner d’autres arguments, il faudrait évoquer la grande différence entre des diapositives en boîte et une vidéocassette, les premières dormant sagement en leur coffret-classeur alors que l’autre s’affiche instantanément sur le téléviseur, et ce sans qu’il soit nécessaire d’attendre le soir, de faire le noir dedans et le blanc devant, avec un écran plus ou moins grand mais curieusement encombrant le reste du temps. Ces raisons, plus quelques autres, font que l’image magnétique au poing est appelée à un succès de plus en plus grand.

Avec de telles perspectives, avec l’apparition de la photo magnétique, avec celle des mémoires informatiques qui permettent à la fois de thésauriser, de modifier et de gérer toutes les images électriques, il est tentant d’essayer de faire un peu de prospective et d’imaginer ce vers quoi le fruit de nos mémoires en cassettes se dirige, sans toujours nous le dire.

Tout sera encore plus beau. Et après ?

Plus que timide et toujours onéreux, l’enregistrement des videos en numérique sera la prochaine étape de cette étonnante aventure technologique. Celle qui apparaîtra au cours de la prochaine décennie. La qualité des images y gagnera encore, celle du son s’en trouvera améliorée. Tous les trucages, modifications et autres transferts seront du domaine du possible et du facilement réalisable. Les copies pourront s’effectuer sans perte aucune de qualité et la conservation de l’information augmentera encore ses chances de longévité.

Plus tard, il est imaginable et même possible que le support d’enregistrement change et que de minidisques opto-électroniques, plus connus sous le nom de CD, se chargent de collecter vos souvenirs pour en faire d’impérissables témoignages.

Rassurez-vous, les constructeurs, qui font bien mieux qu’y penser, travaillent déjà sur ces possibilités ainsi qu’à quelques autres projets. Mais, contrairement à bien d’autres domaines, l’urgence, pour nous, consommateurs doublés de vidéophiles, est de ne surtout pas attendre l’arrivée de ce futur encore flou et plutôt mou car nos souvenirs, eux, sont du jour et nos idées en images méritent le réflexe de l’instant. Abel Gance, excusez du peu, n’eut pas la patience d’attendre l’avènement de la technique et l’arrivée du cinémascope puis celle du Kinopanorama pour réaliser son « Napoléon ». Si nous retrouvions ne serait-ce qu’un soupçon de cette impertinence, ce serait juste suffisant. Pour commencer…

Deux grands formats accompagnés de leurs petites variantes

La naissance du caméscope s’étant faite avec quelques difficultés et chaque constructeur prétendant détenir le meilleur morceau de sa vérité, nous nous trouvons aujourd’hui face à des matériels de principes semblables mais aux formats différents.

A l’instar de ces constructeurs farceurs, les États font de même et chacun revendique une norme de transmission de l’information vidéo qui n’est pas toujours la même que celle de ses voisins. Cette multiplication des modèles aux caractéristiques pas franchement compatibles ne saurait nous faire oublier que malgré tout et tous, il est néanmoins des spécificités communes à tous les modèles. Et c’est ce que vous constaterez bientôt.

Afin de clarifier les problèmes normatifs et de lever d’emblée toutes les fausses ambiguïtés, c’est d’abord à ces incontournables différences que nous nous consacrerons et ce, juste avant d’aborder le fonctionnement intime et commun de tous ces petits engins. Évidemment, vous allez à la rencontre d’un ou deux paragraphes dont l’intérêt immédiat peut vous échapper, mais lisez-les tout de même, et à peine plus rapidement que les autres, car ne pas connaître leur contenu pourrait constituer une source nouvelle de remords copieux et variés.

Après quelques années d’une guerre économique pleine d’annonces sournoises et de déclarations perfides, il ne nous reste plus qu’à compter les rescapés. Ils sont deux, de forces égales, ont des parts de marché comparables et des matériels aux performances proches. Il n’en reste pas moins vrai que les caméscopes VHS-C ne savent pas lire une cassette Video 8 et vice versa. Cela ne signifie pas pour autant que ces mondes sont totalement étrangers et il est, par exemple, possible de recopier le programme émanant du caméscope d’un format sur celui de l’autre, mais l’échange standard et immédiat est définitivement impossible. Ceci a son importance si vous devez utiliser plusieurs caméscopes, ou si le vôtre doit s’insérer dans le lot d’une équipe de tournage ou d’un club, ou, enfin, si vous vous proposez de faire des échanges entre correspondants.

A l’intérieur de ces deux grandes catégories, il existe aussi quelques variantes qui correspondent à la sophistication plus ou moins récente des matériels. Il faut savoir que dans l’immense majorité des cas, un caméscope de la dernière génération en date sera capable de lire non seulement ses cassettes enregistrées selon un nouveau mode, mais également celles en provenance d’un matériel d’une génération précédente.

En revanche, un caméscope plus ancien ne sera pas apte à lire les cassettes enregistrées selon le nouveau concept. Il ne se sublime jamais au contact de l’innovation technologique de son successeur. On le voit, la compatibilité existe, mais elle ne fonctionne que dans un sens, elle va du matériel le plus récent vers les modèles de générations antérieures. Il y a une logique technique à cela, mais mieux vaut en avoir conscience avant d’être confronté à d’éventuels problèmes.

Cette forme de transfert des technologies est en même temps rassurante car il est ainsi possible de constater que les constructeurs s’efforcent, enfin, d’assurer un passage constant et progressif entre les caméscopes d’une génération et ceux qui bénéficient des raffinements du temps. Et il est à parier que les cassettes que vous enregistrerez cette année seront encore d’actualité technologique à l’instant où vous déciderez d’échanger votre caméscope contre un modèle paré de nouveaux attraits et de performances
augmentées.

Au-delà des frontières, les normes

A l’évidence, nul humanoïde électronisant n’est censé ignorer que la planète se divise entre ceux qui jouent de la vidéo selon le standard NTSC, ceux qui la vivent en PAL et ceux qui se la font en SECAM. Ces normes politico-économiques font que tous les caméscopes du monde ne peuvent se donner la main et qu’il est prudent de se renseigner sur le codage d’une cassette ou la norme d’un caméscope étranger avant que de chercher à les utiliser. Tout matériel acheté dans son propre pays est au standard national et, lorsqu’il ne l’est pas d’origine – ce qui est, par exemple, le cas en France pour les caméscopes de marque Sony – son importateur fournit d’office un petit boîtier complémentaire et discret qui contient un transcodeur permettant l’adaptation au standard du cru. Il n’en va certes pas de même avec un caméscope acheté à l’étranger, et l’amateur le moins attentif risque de devoir acquérir ensuite un transcodeur de complément. La petite économie que l’on imagine réaliser de prime abord se transforme alors en un surcoût à l’élégance des plus contestables ! Parmi d’autres raisons que nous découvrirons au fil de ce guide, il est donc sage de choisir son caméscope avec l’aide d’un spécialiste et ce en un point de vente typiquement dédié à cet effet.

Les grandes options fondamentales des formats vous étant familières et le handicap des normes n’en étant plus franchement un, nous pouvons aborder sans contrainte ce qui rapproche et unit même tous les caméscopes de la création: leur principe de fonctionnement.

Au cœur du problème

Tout en un, et même davantage, telle pourrait être la définition la plus lapidaire de cette machine à images qui synthétise de la plus discrète des façons plusieurs maillons. Sans entrer d’emblée dans le détail de chacune de ses fonctions, un caméscope peut se décomposer en deux parties essentielles. Chronologiquement, il y a d’abord celle qui voit, analyse et interprète : c’est la caméra. La seconde ayant pour tâche d’enregistrer les impressions électriques de la première : c’est le magnétoscope. A ces deux sections aussi nobles que complémentaires, il convient d’ajouter les dispositifs de contrôle, de sécurité, les automatismes et l’alimentation en bon courant régulé de tout ce très petit monde. Le programme est copieux, surtout pour un kilogramme ou deux.